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La Jordanie à la recherche de « l’or bleu »

La Jordanie, un des dix pays les plus pauvres au monde en eau, où la demande grandit à mesure que croît le nombre d’habitants, s’est lancée dans la recherche de nouvelles ressources en matière « d’or bleu ».

Après plusieurs années consécutives de sécheresse, le royaume, dont 92 % de la superficie est désertique, est déterminé à développer ses ressources en eau. Deux projets vitaux constituent une planche de salut : le bassin de Dissi et le canal des « deux mers » reliant la mer Rouge à la mer Morte, explique mercredi à l’AFP le secrétaire général du ministère de l’Eau Mounir Oweiss. Le projet concernant le bassin d’eau souterrain de Dissi, pour lequel un appel d’offres a été lancé, consiste à pomper, dans des conduites vers Amman, 100 millions de mètres cubes d’eau par an, tirés de 65 puits profonds creusés à Dissi (325 km au sud d’Amman). Son coût est estimé à 600 millions d’euros (944 millions USD). L’État prendra en charge 140 millions d’euros, à charge pour l’entreprise privée qui remportera l’appel d’offres de financer le reste, avec un droit d’exploitation de 25 ans. « Nous tablons sur le projet du bassin de Dissi, qui devrait être prêt en 2011 ou 2012, pour combler le déficit qui s’aggravera dans les années à venir », souligne M. Oweiss.

L’eau du bassin devrait suffire pour alimenter Amman pendant 50 ans, selon les experts. La consommation d’eau dans le royaume, qui compte une population de près de 5,8 millions d’habitants, est de 160 litres par jour et par personne à Amman et de 130 litres dans les régions rurales. La demande ne cesse en outre d’augmenter en raison d’un taux de croissance de la population de 3,5 %, à laquelle s’ajoutent notamment depuis 2003 plus de 750 000 réfugiés irakiens qui ont fui la guerre. Les besoins du pays en eau sont estimés à 1,1 milliard de m3 par an et, depuis deux ans, le déficit tourne autour de 500 millions de m3, selon le ministère de l’Eau. Mais M. Oweiss souligne que le projet du canal des « deux mers », s’il voit le jour, « réglera le problème de l’eau en Jordanie et dans la région ». « S’il n’est pas réalisé, la mer Morte court le risque de disparaître », prévient-il.

Les trois riverains de la mer Morte, la Jordanie, Israël et l’Autorité palestinienne, s’accordent sur le principe du plan de sauvetage et sur une étude de faisabilité préliminaire, en 2005. « Une étude écologique et économique est actuellement en cours », indique le responsable. Le plan de sauvetage prévoit de renflouer la mer Morte, lac naturel le plus salin de la planète et point le plus bas du monde, grâce à un canal de 200 km qui acheminerait chaque année 851 millions de m3 d’eau de la mer Rouge. Le coût de ce projet titanesque, qui permettra notamment d’alimenter l’agriculture et l’industrie, devrait être de plusieurs milliards de dollars. Le niveau de la mer Morte baisse d’un mètre chaque année, et sa superficie actuelle ne représente plus que les deux tiers de celle qu’elle couvrait dans les années 1960.

Entre-temps, la Jordanie tente de sauver son peu « d’or bleu » en lançant des projets de réhabilitation en vue de réduire la quantité d’eau perdue. Un projet de 250 millions de dollars a été « achevé à 95 % pour la capitale », qui accueille la moitié de la population de la Jordanie. Une deuxième phase pour le reste du pays doit suivre.

Un projet d’usine de dessalement de l’eau est en outre à l’étude dans la ville d’Aqaba (Sud), port de la mer Rouge. Mais la manne essentielle pour la Jordanie reste la pluie, qui s’est fait rare ces dernières années. « Cette année a été particulièrement dure, la pluie n’a rempli que 50 % des réservoirs du pays », explique M. Oweiss.

Face à la sécheresse, les Jordaniens, le roi Abdallah II en tête, se tournent vers Dieu. Des prières pour la pluie (« Salat al-Istisqaa » en arabe) sont devenues une pratique courante pendant l’hiver en Jordanie, où le manque d’eau est « une question de vie ou de mort », selon un expert.

Marseille,30Mars2008
Rédaction
L'Orient-Le Jour


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