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Aux rencontres d’Aix, la politique de la BCE divise les économistes

La stabilité des prix « protège les plus démunis », explique Trichet

Aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence (sud-est de la France), la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) divise les économistes, même si tous reconnaissent la difficulté voire l’inanité de sa tâche, entre crise financière et regain d’inflation.

Trois jours après la dernière hausse de taux de la BCE, son président, Jean-Claude Trichet, a déclaré hier, lors de ces rencontres, avoir « eu le sentiment, en prenant cette décision », d’assurer « la stabilité des prix à moyen terme ». La stabilité des prix « protège les plus démunis », a expliqué M. Trichet.

Pour le président du Conseil d’analyse économique, Christian de Boissieu, ce relèvement « même modique » était au contraire « un peu inutile et inopportun ». « Jusqu’à présent les Banques centrales avaient plutôt bien géré la crise », concède le professeur de l’Université Paris I. Mais « la BCE aurait pu attendre un peu » avant de porter son taux directeur de 4 % à 4,25 %. « Il y avait encore un peu de marge au niveau du calendrier », dit-il à l’AFP, en notant que la crise financière n’est pas terminée et que la hausse des prix alimentaires et des matières premières n’a pas encore engendré une inflation des salaires et des prix des entreprises. En outre, l’impact de cette politique monétaire sur la fermeté de l’euro est « un peu embêtant pour la compétitivité des entreprises ».

Pour Élie Cohen, directeur de recherche au CNRS, « les banquiers centraux sont confrontés à un dilemme ». « D’un côté, ils font face aux risques d’une récession économique, consécutifs à la crise du crédit », rappelle-t-il. « Le deuxième risque, c’est l’inflation, parce qu’on est dans une situation de hausse continue des matières premières », ajoute-t-il.

« À partir du moment où l’inflation repart, je crois qu’une politique de frappe préventive comme celle que veut mettre en œuvre la BCE est adaptée », ajoute-t-il.

L’économiste dit « souscrire à l’analyse de la BCE », selon laquelle le plus grand risque serait d’entrer dans une spirale inflationniste, où les hausses des salaires succèdent aux hausses de prix. Une fois cette « hydre inflationniste » lancée, il est trop tard et trop coûteux de l’arrêter. « On est installé durablement dans un cycle de hausse des prix des matières premières, qui se traduit par un appauvrissement des pays consommateurs et un enrichissement des pays producteurs », estime-t-il.

En somme, prenant acte de cette situation nouvelle, Jean-Claude Trichet demande aux salariés de se serrer la ceinture pour éviter la spirale inflationniste, explique Patrick Artus, chef économiste chez Natixis. « Le combat de Trichet est beau et désespéré. Il a raison, mais comme il a raison tout seul, ça ne sert à rien », assène-t-il. « S’il n’avait rien fait, cela aurait été pire : les marchés financiers auraient pensé qu’il n’était pas sérieux, que l’inflation progressait et qu’il s’en moquait », estime-t-il. Mais « dans des économies devenues très ouvertes, la BCE a perdu le contrôle de la situation économique et monétaire de la zone euro », souligne l’économiste.

« Jusqu’à présent, toutes les crises précédentes se réglaient entre pays riches », rappelle Patrick Artus. Désormais, alors que 90 % de la création de monnaie vient des pays émergents ou producteurs de pétrole, et 80 % de la croissance de la demande mondiale de pétrole de la Chine, ce sont ces pays qui déterminent les prix du pétrole et la politique monétaire, explique-t-il.

« On a globalisé les économies, on a globalisé les marchés financiers, en face de ça, il faut des institutions globales et une coordination des politiques mondiales », avance l’économiste, qui plaide pour un « super-FMI », ouvert aux pays émergents et doté d’un « vrai mandat global ».

Marseille,08Juillet2008
Rédaction
L'Orient-Le Jour


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